Pour une langue française non sexiste

Compte rendus de Pour une langue française non sexiste

Caroline Montpetit. “La guerre des mots vue par Céline Labrosse », Le Devoir, 12 janvier 2003 :
https://www.ledevoir.com/lire/17915/la-guerre-des-mots-vue-par-celine-labrosse

 

Livia Tutuc (Professeure, Princeton University). Compte rendu paru dans Women in French Studies, vol. 12, 2004, p. 136-137
https://muse.jhu.edu/article/498921/summary

 

Travail de linguiste, Pour une langue française non sexiste s’avère être un excellent instrument à utiliser pour des recherches sur l’emploi des genres dans la langue française. En montrant des contradictions et des changements parfois inexplicables dans l’institution des règles grammaticales, Céline Labrosse met en évidence, souvent de manière humoristique, les aspects irraisonnables du sexisme dans le langage.

Le texte est organisé en plusieurs courts chapitres, qui, tous, répondent à des interrogations sur les relations qu’entretient le langage avec des domaines tels que l’histoire, la sociologie, l’économie et la politique. Ce sont les nombreux exemples révélateurs de l’usage des genres en français qui constituent le corps de l’ouvrage et qui réussissent à jeter un éclairage critique sur les normes orthographiques et grammaticales. Ces exemples soutiennent parfaitement les arguments de l’auteure en faveur de la désexisation et de l’adaptation du français aux valeurs de la société actuelle. Le langage n’est pas immuable, et les livres de grammaire et les dictionnaires de français devraient subir des changements considérables (renoncer, par exemple, à la neutralité du genre masculin, qui « désigne le mâle, mais fonctionne aussi comme genre commun : c’est la forme dont on se sert dès qu’on ne spécifie pas qu’il s’agit d’un être de sexe féminin » – (35); ou, encore, trouver des noms féminins pour les professions qui n’étaient jusqu’à présent désignées qu’au masculin : « médecin », « professeur », « auteur », etc.). Céline Labrosse suggère également la reformulation de certaines expressions courantes ou le rajout de leurs équivalents féminins, comme, par exemple, dans le cas de : « Un homme politique » – « Une femme politique », « Les gens de la politique »; « Parole d’homme » – « Parole de femme », « Parole donnée »; « Un petit bonhomme (en dessin) » – « Une petite bonnefemme », « Une petite bonne femme ou un petit bonhomme »; « Mort d’homme » – « Mort de vie humaine », « Perte de vie humaine », pour ne citer que quelques-unes de ses suggestions (42-44). Même si la plus grande partie de l’ouvrage se consacre à l’analyse de l’emploi des genres féminin et masculin avec une référence spécifique aux êtres humains, l’auteure montre également les difficultés d’expliquer le rapport qui existe entre genres et sexes pour les noms de choses et d’animaux.

Il est important de remarquer que Céline Labrosse fait dès le début le choix d’utiliser dans son texte (lorsqu’elle explique et argumente, et non seulement lorsqu’elle propose des solutions linguistiques) certaines formes grammaticales encore inusitées, toujours disputées par les dictionnaires, ce qui expose la lectrice et le lecteur à une nouvelle manière, souhaitable, d’ailleurs, de s’exprimer en français. Ce choix souligne, de plus, le caractère de manifeste propre à cet ouvrage; il questionne des préjugés et des normes orthographiques et emploie en même temps les rectifications qu’il propose. Il n’est peut-être pas fortuit non plus que ce livre paraît au Québec, et non pas chez un éditeur français, étant donné qu’au Canada de tels changements ont été plus vite acceptés, et quelques-unes de ces règles grammaticales modifiées y sont déjà couramment employées. La force des arguments exposés dans le texte de Céline Labrosse est visible aussi dans l’attitude que l’on commence à avoir envers le français et l’usage des genres grammaticaux après la lecture de Pour une langue française non sexiste. On ne peut plus s’adresser à une femme et ne pas dire ou écrire « professeure », « auteure », « écrivaine ».

Les excellentes références bibliographiques en fin d’ouvrage s’ajoutent aux interrogations et aux réflexions suscitées par ce travail sociolinguistique et le rendent indispensable à toute recherche qui touche aux rapports entre société et langue.

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